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Jésus après Jésus

Auteurs : Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

Après la série éponyme que j’ai dévorée l’an dernier en DVD, je me suis attaqué au livre sur la naissance de l’église catholique. Et autant le dire tout de suite, c’est largement aussi bien !

Il s’agit d’une analyse croisée des quelques textes d’époques qui nous sont remontés (il y en a assez peu, il faut bien le dire) au travers de leur dimensions historique, politique (eh oui), littéraire et bien entendu religieuse. Tout cela passé en outre au tamis de la langue, car pour l’essentiel les textes qui nous sont parvenus sont en grec (qui n’était pas la langue de la région à l’époque).

Il y a donc matière à interprétation pratiquement à chaque niveau et ce travail m’a complètement fasciné. Ainsi on parle sans cesse de Jésus de Nazareth, mais on en sait même pas ce que cela signifie, ce qui est pratiquement sûr c’est que cela n’a rien à voir avec une ville de Nazareth.

Quelques-uns des raisonnements messianiques qui ont convertis le monde viennent des bévues du texte alexandrin, mal lues, mal comprises, combinées à d’autres bévues. L’histoire religieuse du monde est l’histoire de contresens redoublés ».

Ernest Renan – Histoire du peuple d’Israël.

Les auteurs réussissent à rendre a digeste le travail sans doute titanesque de nombreux exégètes qui se sont penchés sur la question depuis des années.

Rien n’est évidemment sûr, mais au travers de leur travaux ils réussissent à rendre humain des personnages quasi mythologies que sont les apôtres, Jésus (of course), son frère Jacques. (Ok je en chante pas), sa mère Marie, Joseph, Paul, Luc…

Les textes suivant sont passés au crible, il constituent le nouveau testament (mais l’ordre Chronologique est différent de celui de la bible).

  • Les épîtres de Paul (50-60) qui constituent le cœur du nouveau testament
  • l’évangile selon Marc (autour de 70)
  • ceux de Mathieu et de Luc (atour de 80 / 85)
  • celui de Jean (vers 90 / 100)
  • et les Actes des Apôtres (80 / 90)

Jésus n’a rien écrit.
Ces textes ont donc été écrit 2 ou 3 générations après la mort et aucun de ces ouvrages n’est le fruit d’un seul écrivain et dans bien des cas on ne sait pas exactement qui les a écrit.

Pour un non croyant comme moi c’est évidement un plaisir de découvrir cette période clé de notre histoire par l’humain et non par la dogme.

Le personnage de Jésus tout d’abord ne paraît pas complètement sympathique, ni avec sa famille proche ni avec ses disciples. On pourrait le qualifier aujourd’hui d’intégriste dans sa pratique religieuse (Juive) et c’est cette radicalité qui va le pousser à s’écarter de le religion dominante, sous l’égide des grands prêtres du Temple qu’il juge sans doute avoir trop dévié et sur le plan religieux et sans doute aussi sur le plan politique en s’étant concilié les bonnes grâces de l’occupant romain pour garder la haute main sur le Tempe. Ce qui s’arrêtera après la dernière destruction du Temple en 70, pour donner naissance à la religion juive encre en pratique aujourd’hui. Jésus n’a jamais pensé créer une religion et encore moins rompre avec le judaïsme.

Sa mère Marie, qui a finalement un rôle très restreint dans les écrits et assez flou car elle ne perçois pas très bien ce qui se déroule (à l’inverse pratiquement du culte qui lui est voué). Et c’est bien l’Eglise qui œuvrera pour bâtir ce culte car les bases textuelles sont « extrêmement minces ».

Le visage de Marie, à la manière orientale, est couvert de sept voiles, tissés par « la tradition, le dogme, la liturgie, la légende, l’art, la poésie, la musique ».

Marie. Un regard Juif sur la mère de Jésus. Schalom Ben-Chorin

Son père Joseph, qui n’a lui pratiquement aucune existence dans les textes.

Son frère Jacques dont le rôle est la présence est amoindrie dans les textes n’avait pas la vision d’un Paul.

Le personnage assez incroyable de Paul, d’abord pourchasseur de Chrétien avant d’en devenir le principal ambassadeur, il est un peu mis de côté par tous les autres auteurs qui ne souhaitaient pas rompre avec le Judaïsme.
On peut dire que Paul est le fondateur du Christianisme en ce sens ou c’est lui qui met en scène le Jésus ressuscité, envoyé des cieux, alors qu’il ignore pratiquement les paroles Jésus vivant.
Mais il n’en n’est pas l’inventeur car c’est après coup que lui a été attribué ce titre de fondateur.

Toute la tension de l’époque va tourner autour des courants issus des proches originels de Jésus qui auront plus ou moins la volonté de s’adresser au non juifs pour porter leur parole et plus tard de s’en écarter complètement, entre autre pour des raisons politiques (et économico-pratiques) afin de se concilier les romains. C’est sans doute cette diversité de courants de cette époque qui a permis au Christianisme à la fois de durer et de toucher un public large

Le Christianisme est une aberration historique, comme on qualifie en physique un phénomène qui normalement ne devrait pas se produire.

Jésus après Jésus

La conclusion de l’ouvrage ouvre sur l’Islam car en 135, ce sont des partisans de Jésus, chassés d’Israël qui prendront route vers le sud et deviendront une composante importante, bien plus tard de la naissance de l’Islam.

Elle représente aussi une grosse charge contre l’église qui dès qu’elle devient religion d’état après la conversion de l’empereur Romain Constantin, s’attelle a ériger des dogmes pour servir de caution spirituelle à la puissance impériale. De prosélyte elle va devenir impérialiste, elle ne cherche plus à convaincre, mais à convertir de gré ou de force.

Note : 5 sur 5.

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