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L’ombre de l’eunuque

Auteur : Jaume Cabré

L’histoire de la décadence d’une riche famille barcelonaise racontée par un de ses oncles ‘maudits’ et par son dernier descendant.

Le premier – papiroflexologue – va relater la saga familiale pendant la période pré-franquiste qui est aussi sa propre histoire.

Le second va raconter son propre parcours qui le verra renier sa famille pour devenir clandestin communiste puis critique d’art.

On retrouve le même type de narration que ce qui fera de Confiteor un ouvrage si particulier (et l’un de mes livres préféré) : on passe d’un narrateur à l’autre, d’une époque à l’autre au sein d’une même phrase sans que cela ne nuise au fil conducteur. Au contraire.

Et c’est l’oncle qui, au seuil de sa vie, va raconter l’histoire familiale à son « quasi » fils qui vient le voir à sa maison de retraite « Ils se turent tous les deux, de sorte qu’ils purent percevoir l’écho lointain de la limite des silences ».

La dernière partie, magnifique, vient comme une conclusion à toutes ces années d’errance, et de doute. La narrateur rencontre une musicienne de talent dont il devient éperdument amoureux, ce sera, avec la musique les seules vérités de son existence, mais l’un est éternelle, et l’autre pas. Le passage où il tombe amoureux de Teresa lors d’une représentation est somptueux ; il me fait penser à des textes de Christian Gailly (mon autre écrivain préféré, qui lui aussi d’ailleurs écrit beaucoup sur la musique, tiens tiens). « (…) se trouver au commencement de la phrase, comme au commencement du Notturno, mais plus développé, plus fait, et penser comment Dieu tant de beauté est elle possible. En ces moments (durée approximative : 55″) j’étais déjà tombé amoureux de Teresa ».

Si Confiteor explorait les racines du mal, ce thème est moins présent ici (quoi que). Ce sont plutôt les amitiés déçues qui sont abordées ici (celle de l’oncle avec le père du narrateur, celles des compagnons de luttes), mais aussi l’engagement politique (« C’était cela, la peur, car dans les guerres il meurt beaucoup plus de gens parce que c’est comme ça qu’en raison direct de la volonté de la guerre ») et celui plus subtil et finalement plus absolu, amoureux. « Mais je devais vivre avec quelque secret afin d’avoir un minimum de liberté ».

Note : 5 sur 5.

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